Papa was not a Rolling Stone – Sylvie Ohayon

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Papa was not a Rolling Stone, pour moi c’était un film que je n’avais pas eu le temps d’aller voir au cinéma. Mais il se trouve qu’à Saint Maur en Poche, après m’être envoyé un burger gros comme mon cul, Chouchou et moi on a fait une petite balade digestive dans les allées vides du salon, et j’ai découvert que la vérité est ailleurs.

Je me suis retrouvée devant l’affiche de « Papa was not a Rolling Stone » et dans ma tête « ah tiens, c’est tiré d’un livre… hum. Français en plus…»

Et puis j’ai vu Sylvie Ohayon, un mec lui parlait. Enfin, lui cassait surtout les couilles en lui demandant son numéro de téléphone parce qu’il refusait de passer par son agent. Elle s’en est gentiment débarrassé. J’étais entrain de le fusiller du regard (oui, j’aime pas trop les connards qui se prennent pour de la merde en or), quand j’ai vu que Sylvie Ohayon faisait la même chose que moi.

C’est à ça que j’ai su que ça n’allait pas être une auteure comme les autres. Quand elle m’a vue, elle m’a souri. Je lui ai tendu son livre « Les bourgeoises », (oui je me suis dit que je voulais commencer par un livre qui n’avait pas été adapté au cinéma, histoire de ne pas être influencée.) elle allait l’ouvrir pour le dédicacer quand elle s’est arrêtée pour me dire , presque gênée « Hum, vous avez lu celui-ci ? » en me montrant « Papa was not a Rolling Stone ». « Euh non, pas encore. »

Et gentiment elle me l’a tendu en me disant « vous devriez commencez par celui la alors, c’est le premier, et puis peut-être que si ça vous plait, vous lirez l’autre ».

Juste avec ça j’avais envie de lui faire un câlin. C’est vous dire.

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  • De quoi ça parle ?

Sylvie est une enfant de la Courneuve. De la Courneuve des années 90 quand les enfants issus de la vague d’immigration des années 60-70 sont arrivés à l’adolescence. Quand le rêve français était mort depuis longtemps.

Une adolescence à la Courneuve. A la cité des 4000. La famille de Sylvie c’est pas 7 à la maison. C’est un peu la misère quand même. Entre sa mère pas vraiment apte à être une mère, son beau-père qui lui détruit la gueule dès qu’il le peut, son père inconnu au bataillon et sa condition de cul entre trois chaises monothéistes, l’enfance et l’adolescence de Sylvie ne sont donc pas spécialement simples.

Surtout que Sylvie n’entre pas dans le moule : elle kiffe les bijoux, la littérature et la chansons française. Ca change de NTM, la beuh et la magouille. Elle ne veut pas finir mère au foyer ou caissière à la Courneuve, elle est la pour faire de grandes choses et elle va tout faire pour. Elle bosse comme une tarée à l’école, s’occupe de sa mère et s’impose une discipline de fer.

Ce livre c’est l’histoire de sa vie. De comment une enfant non désirée, née et élevée dans une citée connue pour sa violence,  va devenir une grande publicitaire, puis une joaillière reconnue et enfin, une écrivain.

  • Ce que j’en ai pensé.

Je vais être cash, comme ça c’est dit : ce livre devrait être une lecture imposée dans les collèges et les lycées. Point, y’a pas à tortiller du cul pour chier droit, ce livre doit être lu par le plus d’ado possible. Qu’ils soient issus de cités ou de la campagne ou même des beaux quartiers.

Ce livre il te met une baffe dans la gueule mais puissance mille. Il t’apprend la vie. La quatrième de couverture devrait juste mentionner « Il faut se tirer les doigts du cul ».

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Parce qu’elle s’est arraché la gueule et le cul pour arriver la ou elle en est aujourd’hui, Sylvie Ohayon doit être un exemple pour tous ceux à qui on ferme les portes par avance, à tous ceux qui ne souhaitent pas avoir le même avenir que celui qu’on leur trace.

Ce livre a eu une résonance particulière en moi. Même si j’ai eu la chance de ne pas connaître les citées, la pauvreté et la violence, en Bretagne, souvent on te trace un avenir qui va droit vers les caisses de Carrefour ou les rayons de Kiabi. A vie, parce que c’est comme ça. Parce que faut pas rêver, tu pourras jamais te payer une 607. (véridique, on me l’a sortie celle là.)

Moi je ne voulais pas de ça.

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Alors forcément ça m’a exclue. J’étais dans un lycée technique, je voulais monter à la capitale pour faire histoire de l’art. Je bossais comme une chienne pour y arriver. Pour beaucoup j’étais une connasse snob qui pétait plus haut qu’elle à le cul. Alors oui. Oui ça été très dur à gérer, les connasses qui parlaient ouvertement sur mon cul, qui balançaient mon numéro de portable sur des chats, celles qui oubliaient volontairement de me dire que le cour était annulé ou qu’on changeait de salle. Et j’en passe. Juste parce que j’avais une ambition autre que la leur.

Mais aujourd’hui je peux me tenir droite devant elles en leur disant que je me suis accrochée. J’ai fait histoire de l’art, j’ai été diplômée et que j’ai eu entre mes mains des toiles de Picasso, de Renoir, de Soulages et de bien d’autres. J’ai rencontré des artistes merveilleux. Je me suis assise sur les centaines de milliers d’euros en cash. (Vraiment. Je posais les billets par terre et je posais mon cul dessus.)

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Et tout ça, ça valait bien tout le travail que j’ai fourni.

Attention, je suis pas entrain de vous dire que c’est honteux d’être caissière. Ce qui est honteux c’est de ne pas se donner une chance de faire autre chose, ce qui est honteux c’est de brider son esprit et son ambition à cause des autres.

Ce livre est une éloge du travail, une éloge de la volonté. Et en plus de ça, c’est écrit avec un tel naturel ! C’est pas pompeux, c’est plein d’humilité, plein d’humour et aussi de tendresse.

C’est une très belle découverte, et oui, je vais lire tous les autres livres de Sylvie Ohayon.

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Papa was not a Rolling Stone, Sylvie Ohayon – 2011

Pocket, 282 pages

A acheter ici

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Classé dans Littérature Française

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